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Depuis 1894, trente ans après le commencement de l'aventure, ce lieu où nous

Sommes est connu sous le nom de séminaire de Saint-Jacques. En effet, depuis cette date, c'est ici qu'ont été formés et d'ici que sont partis quelques centaines de missionnaires.

Arrêtons-nous quelques instants sur le passé seigneurial de cette demeure, dont subsistent de nombreux vestiges. Cela nous permettra aussi de dire comment, de château il est devenu séminaire.


C'est au temps de la Duchesse Anne que vivait à Lézarazien Jacques ou Jacob

Le Sénéchal, dont l'historien local Le Guennec, rapporte les malheurs avec son voisin Tournemine « puissant gentilhomme, emporté et querelleur, qui se plaisait à tourmenter son chétif rival et à lui chercher de méchantes noises ».


Il y eut, parait-il, des combats féroces, des incendies dont le plus destructeur fut celui de Jacques à Roseliés en Guiclan. Celui-ci épouvanté, dut se réfugier à Morlaix et se placer sous la protection du Roi Charles VII qui venait d'épouser Anne de Bretagne.


Et par mandement du 11 juillet 1493, le Roi ordonna à ses sénéchaux de faire emprisonner les Tournemine (ils étaient deux frères aussi féroces l'un que l'autre), avec une douzaine de leurs partisans.


C'est à la fin du XVIIè siècle, en 1685, que Lezarazien changea de mains par le mariage de Marie Le Sénéchal avec Joseph de Kérouartz.


Celui-ci, Joseph Hyacinthe, était le 19ème de la généalogie de la branche cadette de « l'Isle de Kerouartz » vieille famille noble qui remontait aux Croisades, et dont la devise était « TOUT POUR L'HONNEUR DE DIEU ». D'aucuns affirment qu'à l'origine de la roue qui orne le blason de la famille, il y aurait l'invention par un ancêtre d'une machine de siège, lors des croisades… pourquoi pas !


La famille de Kerouartz allait donc occuper le domaine pendant deux siècles, chaque génération y ajoutant quelque chose, dont il nous reste encore des vestiges. C'est ainsi qu'en 1772, Marie-Jacquette de Kerouartz, mariée au Comte Hector, Major Général de la Marine à Brest, fit ouvrir une avenue, plantée de hêtres pour rejoindre la Route Royale de Paris à Brest (devenue plus tard la Nationale 12). Un témoin de cette allée persiste dans la propriété, c'est l'allée qui mène à notre cimetière et que nous appelons « l'allée du Tombeau ». Au dehors, le nom du quartier près de la route « Pen an allé », en perpétue le souvenir.


L'arrière petit-fils de Joseph et de Perrine, François, était Président au Parlement de Bretagne. Il se maria avec sa cousine de la branche aînée. Au foyer de François vinrent prendre place sept enfants. L'aîné, Jacques, se maria au Château de Versailles et son contrat de mariage est signé par le Roi Louis XVI, la reine Marie-Antoinette et toute la famille royale…


Durant la Révolution, il émigra en Angleterre, où mourut sa femme. Son cadet, né ici même, n'émigra pas et demeura au château qu'il reçut en héritage. Le fait qu'il ait pu demeurer au château durant la tourmente laisse supposer que ses fermiers, et ils étaient nombreux, n'étaient pas trop maltraités, sinon ils auraient sans doute profité des circonstances pour s'approprier le domaine.


De ses deux mariages, il eut, entre autres enfants, une fille, Alix, qui devint assistante de Sœur Sophie Barrat, la fondatrice des Sœurs du Sacré-Cœur, et un fils Albert, capitaine de Frégate dont nous possédons le portrait en pied, là-haut, dans le nouveau château qu'il construisit en 1871, en même temps d'ailleurs que la chapelle néogothique que l'on peut admirer au croisement de la route qui mène à Guimiliau.


Albert épousa Melle Jubelin dont le père était Gouverneur de la Martinique.


De ce mariage naquirent trois enfants : deux moururent en bas âge, un garçon et une fille. La troisième Marie se fit religieuse chez les Dames-de-la-Retraite. Elle était l'héritière du Château de Lezarazien. Qu'allait-il devenir, ce château récemment construit, aux murs encore frais et son domaine de 18 hectares ? Alors qu'il le construisait, le Comte, comme mû par on ne sait quel pressentiment, déclarait : « Ce n'est pas une demeure que je construis, c'est un couvent ! » et sa prophétie allait se réaliser.


Mère Marie de Kerouartz, l'héritière, sept ans durant, va proposer la demeure à diverses œuvres et congrégations, sans succès. La Providence se réservait pourtant de confirmer le bien-fondé du pressentiment du Comte : le château allait devenir séminaire pour la Mission d'Haïti.



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