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ments, il resta rigoureusement fidèle. En 1885, il pouvait écrire à son ancien vicaire général l'abbé Kersuzan, devenu évêque du Cap-Haïtien : « L'Église ne se fait pas fusiller sous la table… elle reçoit les coups en pleine poitrine. C'est la seule attitude qui lui convienne. Nous ne pouvons pas être à tout propos, réduits à une crainte servile ».


Il fallait assurer l'envoi de missionnaires. Le séminaire de la rue Lhomond fondé par Mgr Testard du Cosquer, n'avait vécu que 4 ans, mais donné tout de même 41 prêtres aux paroisses d'Haïti. En 1872, le séminaire émigra, si l'on peut dire, à Pontchâteau a fourni 193 prêtres venus de divers coins de France, d'Europe, et même d'Haïti qui n'avait pas encore son séminaire indigène. Notons en passant que c'est en 1871 que fut ordonné le premier prêtre Haïtien. Aujourd'hui le clergé d'Haïti est autochtone dans sa grande majorité, et tous les évêques sont également Haïtiens.


Le séminaire de Pontchâteau allait être  victime des lois anticléricales qui refusaient aux congrégations religieuses le droit d'enseigner. Il serait trop long de raconter ici, en détail, les tractations entreprises auprès du gouvernement français pour que le séminaire pût rester ouvert, et aussi les solutions de rechange envisagées par Mgr Guilloux. En 1893, cependant, le séminaire dut fermer ses portes. C'est à Mgr Kersuzan, évêque du Cap-Haïtien, venu en France cette année-là qu'échut la lourde tâche de résoudre le problème. Descendu chez les sœurs de La Retraite à Nantes, il était plongé dans la plus grande perplexité, pour y voir plus clair, il priait à la chapelle des religieuses. Prosterné devant l'image de N.D. du Perpétuel Secours, c'est à haute voix qu'il priait, se croyant seul dans le sanctuaire. Or, la supérieure se trouvait au fond de la chapelle. Elle était là pour faire part à son hôte d'une lettre qu'elle venait de recevoir et qui l'entretenait d'une propriété à donner et pour laquelle on ne trouvait pas d'acceptant. C'était le château de Lézarazien, dans le quartier St-Jacques en Guiclan. Mère Marie de Kérouartz avait appris la détresse de Mgr Kersuzan et offrait, en pur don, le château de son père. Le château avait donc trouvé sa destination.


Les lieux visités et le don accepté, -Mère Marie de Kerouartz, nous dit, lui-même, Mgr Kersuzan, qui rapporte les faits, « craignait un nouveau refus » - il restait à aménager la maison qui n'avait pas précisément été construite pour sa nouvelle destination et à trouver un supérieur et des professeurs. Il fallait faire vite. Quant au service de la maison, les sœurs de La Retraite étaient elles-mêmes disposées à venir servir les séminaristes.


La rentrée se fit le 2 octobre 1894. L'aile ajoutée au château n'était pas encore terminée et les séminaristes, au nombre de 53, s'entassaient dans les pièces du château et dans l'ancien manoir.


Le personnel de direction et d'enseignement avait été trouvé. Un de ses amis, M. Le Chanoine Eveno, professeur au séminaire de Saint-Brieuc, avait accepté de se lancer dans l'aventure et d'assumer la direction du séminaire. Il vint donc à St-Jacques, mais pas seul, car un groupe de séminaristes et des meilleurs le suivit. Les diocèses de Vannes et de Quimper s'offrirent pour compléter le corps professoral. En quelque sorte le séminaire Saint-Jacques d'Haïti devenait une fondation bretonne.


Tout cela, on le devine, ne se fit pas sans mal. Et le croirait-on, les difficultés vinrent de l'administration française. Elles furent telles, qu'à un moment on crut la partie perdue. Elle l'aurait été sans la présence dans cette administration d'un homme, un juif, que la vie avait mis en relation avec les missionnaires d'Haïti et qui nourrissait pour eux admiration et sympathie.


Une seule personne fit savoir, en particulier, son désaccord et, chose curieuse, il vingt d'une proche de Mère Marie de Kerouartz, sa cousine religieuse qui lui dit dans une lettre : « Ce que la Révolution n'a pu faire, nous enlever le château, toi tu l'as fait ».


Dans deux ans, nous fêterons le centenaire de notre séminaire qui, depuis sa fondation n'a cessé de préparer des prêtres pour Haïti. On s'en doute, le recrutement, d'international qu'il était au tout début, est devenu régional même si constamment, la Vendée, l'Alsace, la Belgique et la Suisse sont représentées. Dès le début de l'aventure, les diocèses de Bretagne ont répondu à l'appel de Pie IX et au total, ont fourni le plus gros contingent. Voici quelques chiffres :


Vannes, 238 missionnaires ; Quimper, 151 ; Saint-Brieuc, 112 ; Rennes, 104 et Nantes 37. Soit un contingent de 652 sur un total de 862. Parmi eux, 16 sont devenus évêques.


L'aventure continue. En 1960, les expulsions de 18 Pères et de deux évêques - Mgr Poirier et Mgr Robert - par le président Duvallier a fourni l'occasion d'ouvrir les dimensions en ouvrant un nouveau champ d'apostolat : le Brésil. Là aussi, il s'est agi de défricher et d'implanter l'Église dans une nouvelle région gagnée sur la forêt, et grande comme la Bretagne. Depuis 30 ans, une trentaine y ont travaillé et 5 y sont morts. Maintenant les choses vont vite. L'État du Parana où nous travaillons, lors de notre arrivée possédait cinq diocèses. Il en compte maintenant 16. Et le diocèse de Campo Mourâo qui nous avait accueilli a donné naissance à quatre autres diocèses. Nous avons trouvé ailleurs d'autres « Far-West » à défricher et mes confrères travaillent maintenant au Mato Grosso et en Amazonie.


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