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L' Aventure missionnaire

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Je vous avoue que j'ai un peu peur ce soir. En effet, je succède dans ce cycle de

conférences à des spécialistes, et , pour aborder le thème proposé, il faudrait être à la fois historien et sociologue, titres que je ne possède pas. Je suis simplement un missionnaire qui va essayer de vous dire ce qu'il a appris, ce qu'il a vécu et ce qu'il sait de cette Maison de Saint-Jacques, qui est à la fois centre missionnaire et siège de la société de prêtres à

laquelle il appartient.


Il ne s'agit pas, bien sûr, de dresser notre panégyrique, ce ne serait pas digne de nos

pionniers ; pas plus que de faire un plaidoyer, car nous n'avons pas de procès à gagner. Il

s'agit tout simplement de présenter ce qui fut et demeure une « aventure missionnaire » au

milieu de bien d'autres, en y mettant toute l'honnêteté et la profondeur indispensables à la

vérité et à l'utilité du propos.


Dans un monde où la culture tend à s'universaliser, certains même disent à se

niveler, les « peuples », surtout les peuples minoritaires, se sont mis à faire retour sur leurs

racines pour mieux affirmer leur identité. Bretons, nous avons autrefois constitué une

Nation. Qui pourrait en douter après avoir visiter l'exposition de Daoulas l'année dernière ?

En tout cas, nous sommes un peuple qui a son histoire, écrite aussi bien sûr dans la pierre de nos églises et de nos manoirs mais aussi dans l'histoire des hommes qui lui ont donné son

caractère particulier.


Ceux qui cherchent nos racines ont parfois tendance à réduire notre culture au folklore. Folklore et culture sont pourtant des choses bien différentes. Le folklore recueille seulement les coutumes et usages du passé, alors que la culture qui est l'adaptation de

L'homme à son temps, s'enracine dans le passé, mais se nourrit aussi du présent et nourrit celui-ci.


La « Geste » Bretonne à travers les temps est une épopée de la Foi Chrétienne qui a

nourri et construit les hommes de ce pays. La foi chrétienne, que nous le voulions ou non,

Bretons et Français, fait partie de notre patrimoine. Nous avons inculturé le christianisme.

Notre patrimoine n'est pas constitué seulement par nos édifices, nos manoirs, nos églises

réduits parfois au rôle de témoins d'un passé révolu. La foi qui a construit nos enclos

paroissiaux a aussi provoqué une « aventure missionnaire » qui fait partie de notre

patrimoine et fait connaître notre pays aux quatre coins du monde. L'aventure missionnaire

qui a connu comme l'église dans son histoire, des vents contraires, n'est pas morte, elle continue. Et si elle disparaissait, ce serait peut-être le signe que notre culture elle-même a cessé de vivre.


La quinzaine de prêtres qui débarquait en Haïti, oh ! Très pacifiquement ! Le 10 juin 1864,

en majorité d'origine bretonne, avec à leur tête un Évêque breton lui aussi, de

Lesneven, Mgr Testard du Cosquer, étaient-ils des aventuriers ?


L'aventurier, nous dit le Petit Robert, est « quelqu'un qui cherche l'aventure, par

curiosité et goût du risque… sans que les scrupules moraux l'arrêtent »; Aventuriers, ils l'étaient, mais d'un tout autre type : « Aventuriers de la Foi ».


Si la foi de nos grands-mères, comme le laissait entendre Jakès Hélias dans sa conférence sur les fontaines sacrées de Bretagne », était parfois mêlée de superstition au point de croire au vertus médicales de l'eau de ces fontaines, il n'en reste pas moins qu'elles ont su inculquer  à quelques uns de leurs enfants, garçons ou filles, une foi assez vraie et assez solide pour qu'ils aient le courage de  quitter leurs pays, souvent sans espoir de retour, pour annoncer la Bonne Nouvelle du Salut aux quatre coins du monde.


Le barde J. P. Calloch, l'a bien chanté cette épopée des aventuriers de Dieu :


« Sam Ho croaz santel war e skoaz

An helt a neus greet tro an douar.

Evidoh e neus treuzet beb mor;

Hag peb rewan e neus douaret ennân. »


« Votre croix sainte sur les épaules,

Le celte a fait le tour de la terre.

Pour vous il a traversé les mers ;

Et dans la terre de chaque crique repose son corps. »



Je me permets, et vous voudrez bien m'en excuser, d'illustrer ce qu'affirme J. P. Calloch

À partir de ma propre famille. La famille comme nous l'entendons en Bretagne,

Élargie par les mariages et les  apparentements  au point de confondre parents et apparentés;

Eh ! Bien, dans ma famille, un frère de ma grand-mère paternelle, membre des Missions Étrangères de Paris, est enterré à Harbin en Manchourie, tandis qu'une sœur de mon grand-père maternel a sa tombe à Saint-Louis du Missouri, aux USA. Le corps d'un oncle par alliance, qui se fit Missionnaire Père Blanc après ces études de médecine, repose au Burkina Faso. Vous en avez peut-être entendu parler. Là-bas, on l'a appelé le Docteur Lumière à cause de la lutte qu'il a mené contre le trachome; Un cousin , encore en vie, missionnaire Oblat de Marie, a passé quarante ans chez les esquimaux du Grand Nord canadien. Et le jour où s'ouvrait ce cycle de conférences, alors que j'écoutais Jakez Hélias, on est venu m'annoncer le décès, en Haïti, d'un autre cousin né à Saint-Thégonnec.

Bibliographie


Archives


Cartes postales anciennes


Bibliothèque


Séminaire de Saint-Jacques :

M. Le Supérieur de Saint-Jacques, « L'Aventure missionnaire », Conférence du 24 août 92, , in Société et Religion en Léon, Actes des conférences 1992, Université d 'été des Enclos et des Monts d'arrée, SOFAG : Le Faou, 3ème trim. 1993, p. 137-158