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De la tannerie dérivaient donc différentes activités industrielles, les déchets en grande partie réutilisés, recyclés, pour ainsi dire il n'y a pas de perte, seule l'évacuation des eaux contenant des poils, de la chaux, du sel et du tanin se fait par la rivière. Dès le XVIIIème siècle, les tanneries sont accusées de pollution, les pêcheurs de l'Élorn remarquant une diminution des saumons, mais chaque tannerie évacue très peu à la fois d'eaux usées. Dans les années 1950, la méthode de tannage dite « au chrome » plus rapide, la mécanisation, l'évolution générale, chimique, technique et technologique provoque l'arrivée sur le marché des matières synthétiques. Ce qui déclenchera irrémédiablement la mort de la tannerie et entraînera parallèlement la mort des industries dérivées, d'où l'abandon et la disparition des bâtiments qui tombent en désuétude et sont dans un état de délabrement avancé qui laisse présager leur condamnation. IV - La sauvegarde de la tannerie ABGRALL La tannerie ABGRALL se situait à Lampaul-Guimiliau. Construite en 1879, elle occupait un petit terrain en pente à environ 100 m du chevet de l'église, à la sortie du bourg sur la route de Saint-Jacques. Le bâtiment en pierre au départ était moins long, sa toiture en ardoise des MONTS D'ARRÉE, les bacs à chaux avaient été ajoutés au début du siècle. En 1926 était construit un appenti pour l'installation d'un tonneau à foulon, énorme tambour de bois dont le rôle était l'accélération de l'opération du rinçage des peaux. Ensuite les peaux étaient disposées dans des caisses plates, c'était le commencement des étapes du tannage. La méthode employée ici reposait sur le travail de basserie, les peaux étaient suspendues dans des bacs remplis d'une solution d'eau et de tanin de plus en plus concentrée. Les peaux passaient par un système de balançoire dans trois cuves pendant un mois et demi. Les peaux étaient suspendues en leur milieu sur des cadres en chêne qui étaient remués deux à trois fois par jour. Les peaux étaient placés dans un baquet de chêne profond d'1.50 m et de 2.50 m de diamètre. Ces cuves étaient enterrées devant la tannerie, ce refaisage durait six mois. Quand le cuir était tanné, il était lavé plusieurs fois et disposé dans le séchoir à l'étage. Le traitement durait onze mois. A l'époque de la Révolution en 1794, 160 tanneries étaient recensées dans le district de Landerneau. Une tannerie pouvait employer de 4 à 15 ouvriers. Par an, la production est évaluée de 12 à 15000 cuirs forts, de 4 à 5000 peaux de vache en baudrier, de 20 à 22000 peaux de veau, de 15000 peaux de vache en champeigne. En 1795, on dénombre 37 tanneries à Lampaul-Guimiliau. En 1811, dans le département il n'en existe plus que 98 et une mégisserie. Landivisiau possédait alors 55 tanneries. En 1852, elle n'en avait plus que 45 employant 900 ouvriers payés 1.50 francs par jour, malgré la chute progressive du nombre de tanneries, un million de vente est réalisé dans la région de Landivisiau. Jusqu 'en 1925, la tannerie ABGRALL emploie 10 ouvriers. Dans les années 1930, 300 personnes vivaient de cette industrie dans cette petite commune. En 1935, Landivisiau comptait encore 16 tanneries et Lampaul 12 tanneries. Cette industrie se développe dans le bassin de l'Élorn pour la qualité des eaux et l'existence de moulins à tan à proximité, Lézerazien, Bauchamp, Milin Gouez tous trois dans les environs de Lampaul-Guimiliau. L'installation du tonneau à foulon et l'agrandissement des basseries de la tannerie ABGRALL en 1925 entraînent la réduction du personnel. L'apparition des matières synthétiques, la mécanisation de l'agriculture rendant inutile la traction hippomobile plongent l'industrie dans une course à l'équipement technique et technologique. La tannerie industrielle est très vite dépassée, la tannerie ABGRALL ferme ses portes en 1955. En 1976, la tannerie, à l'abandon, de Julien ABGRALL alors maire de Lampaul-Guimiliau, possède toujours son équipement. Devant l'urgence, elle est acquise par l'Écomusée des Monts d'Arrée pour les Moulins de Kérouat. L'impossibilité de la conserver sur place était d'abord dû au délabrement avancé de la bâtisse et au réaménagement de la sortie du bourg qui comprenait le déménagement d'une décharge publique proche, un tracé de route et la restauration d'un lavoir. Une seule solution s'imposait le transfert d'immeuble, la tannerie entièrement démontée est reconstruite à Kérouat sur le versant nord. Durant l'été 1995, un séchoir et une tannerie ont été rasés, les murs menaçant de s'effondrer sur la voie publique, actuellement dans le paysage lampaulais, il ne reste que quelques rares vestiges, soit trois séchoirs dans un état lamentable. C'est un patrimoine en péril. |
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