III - La mort de l'activité, l'abandon, et la disparition des bâtiments


Le métier de tanneur a toujours été considéré comme un métier déshonorant, le traitement des peaux était perçu par la grande majorité de la population comme répugnant. les peaux sont achetées aux bouchers, aux paysans des environs ainsi qu'à des exportateurs. L'ébourrage et l'écharnage dégoûtent véritablement, la peau est raclée, poils, graisse, chairs évoquent l'abattoir, la matière morte, la putréfaction. BOURDE de la ROGERIE dans son introduction au tome III de « l'Inventaire des Archives du Finistère » souligne  « la très ancienne coutume de Bretagne » 1330-1340 instituée par JEAN III : « Ceux qui sont vilainâtres  de quelques lignages qu'ils soient, qu'ils s'entremettent de vilains métiers comme être… écorcheurs de chevaux, de vilaines bêtes, porteurs de plateaux en taverne ». Dans les mentalités, le tanneur est dévisagé, montré littéralement du doigt, dénoncé, il est placé dans la catégorie des parias. il est dégradé civiquement et privé de certains droits : « l'infâme ne doit pas être sénéchal, juge, ni arbitre, ni autre officiel, tuteur, curateur, administrateur ni procureur, ni être témoin, ce rien qu'il fit (en ces qualités) ne devrait tenir ni être de nulle valeur ». De plus l'odeur du tanin d'un point de vue général tendait à accentuer l'image dégradante perçue par la population. deux arrêtés de la cour de cassation des 2 juin 1842 et 18 décembre 1843 interdisaient « d'appendre à l'extérieur des maisons et dans les rues, les peaux tannées qui incommodent les passants et peuvent occasionner des accidents ».

Matière morte et puanteur sont des notions qui omnubilent les gens, si bien que leur vision est faussée bien qu'en 1539, l'infamie est supprimée réhabilitant le métier, son importance économique et sa nécessité.

La tannerie emploie un grand nombre de personnes. Sous l'ancien régime, elle était très prospère y compris par la suite pendant la période révolutionnaire. En amont et en aval ce sont également d'autres industries qui sont intéressées  employant elles aussi beaucoup de personnes.

En amont, l'industrie du tan est directement concernée. Elle démarre avec la récolte de l'écorce de chêne dans la région de Lampaul-Guimiliau mais également du Centre Finistère  pendant la montée de sève au printemps. Les Kigner, ceux qui écorchent, récupèrent l'écorce de chêne sur des talus ou dans les forêts, à l'aide d'un couteau fabriqué artisanalement présentant u n tranchant circulaire. Leur production en fagots est séchée puis transportée dans les moulins à tan où un arbre à cames actionné par la force motrice de l'eau entraîne les pilons qui vont broyer l'écorce. L'écorce réduite en particules est achetée par les tanneurs qui les emmènent à la tannerie où le tan sera déversé dans les bassins.En aval après l'utilisation le tan est usé, dépourvu de tanin, il ne subsiste que la tannée qui est récupérée, ramollie à l'eau et piétinée par des chevaux. Grâce à des moules, sortes d'anneaux circulaires, des femmes et des enfants principalement réalisent des mottes de tannée qui sont séchées ou rangées dans des séchoirs. Ces mottes sont destinées au chauffage des maisons pour un coût moindre.

Les poils des peaux récupérés étaient vendus à des fabricants de feutre ou de bourre pour les cartouches, quant aux chairs et graisses, des fabricants de colle ou de savon les achetaient. Ces derniers les portaient à ébullition, les graisses remontaient à la surface et étaient utilisées par les savonneries, tandis que la colle forte tombait au fond du récipient, elle était séchée et achetée par des ébénistes et des fabricants de tissu. à Landivisiau. A 4 km de Lampaul-Guimiliau, quatre usines pour la fabrication de la colle se sont installées en 1872-1873. Cette colle est apprêtée avec les déchets de la tannerie, des boucheries et des abattoirs. L'usine DERRIEN Frères et TRÉANTON à la Montagne est la plus importante, puis vient s'installer la fabrique BILLIET à Casuguel, BERTRAND au Pontic-Roudourou. Peu de temps après l'installation de cette dernière, sa fermeture est demandée, les odeurs sont trop fortes effrayant les chevaux. La quatrième fabrique de colle est celle de M. JAFFRES à Mestual. En 1940 il ne subsistait que l'entreprise TRÉANTON.

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